Internet ou le parti?

By Anthony Hamelle on 6 décembre 2005 — 3 mins read

Le Figaro de ce jour revient sur la volonté de Nicolas Sarkozy de faire désigner le candidat de l’UMP à la prochaine élection présidentielle par les adhérents du parti. Olivier Pognon en profite pour sa part pour offrir une brève anaylse des conséquences de ce choix sur le nerf de la guerre : le financement de la campagne.

Celui-ci, après avoir rappelé les règles qui gouvernent le financement des campagnes électorales, notamment en vue d’un scrutin présidentiel, constate que Nicolas Sarkozy n’aura aucun mal à ajouter aux 50% de fonds qui lui seront remboursés par l’Etat une part équivalente provenant des caisses de l’UMP – les formations politiques étant les seules personnes morales autorisées par la loi à faire des dons aux candidats qui ne doivent autrement compter que sur les fonds publics, leurs ressources propres et des dons de personnes physiques plafonnés à 4.600 € chacun.

Les candidats qui souhaiteraient ainsi se présenter hors de tout cadre partisan, ou sous l’étiquette d’un parti qui ne disposerait pas de fonds aussi importants que ceux de l’UMP (33 millions d’euros d’aide publique en 2003) ou du PS (18 millions d’euros de subventions publiques en 2003, voir le site de la CNCCFP pour plus de détails), ne pourraient alors essentiellement compter que sur la part du financement publique (50% du plafond de dépenses pour les candidats qui recueillent au moins 5% des suffrages exprimés au premier tour) pour alimenter leur caisse de campagne, ce qui crée alors une situation de déséquilibre très net au profit des femmes et des hommes qui souhaitent aller, dans un mouvement très gaullien, « à la rencontre du peuple ».

Ainsi, d’un point de vue symbolique, si l’on peut encore imaginer que l’élection présidentielle soit, sous la Ve République, l’occasion de la rencontre entre un candidat et le peuple, on peut difficilement oublier en pratique les nécessaires mannes financières qui permettront à un candidat de s’afficher plus largement dans l’espace médiatique (tracts, conventions, brochures, etc.).

Néanmoins, les leçons de la dernière course présidentielle américaine de 2004, remarquablement tirées par Joe Trippi, ancien directeur de campagne d’Howard Dean dans la campagne des primaires démocrates, pourraient donner un nouveau souffle à la mystique présidentielle française des 40 dernières années. En effet, Joe Trippi raconte comment Internet en général et les blogs en particulier ont permis à Howard Dean de recueillir environ 50 millions de dollars en moins d’un an à partir de dons de personnes physiques qui ne dépassaient souvent pas les 100 dollars – je vous laisse faire la division. Internet, ou plus précisément ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler le Web 2.0, permettent aux citoyens de se réengager dans le débat politique, voire de se le réapproprier. C’est ainsi la démocratie même qui a tout à gagner à cet empowerement citoyen.

En France, où l’on compte une forte proportion de bloggers, ce phénomène pourrait offrir à des candidats mis au ban des partis de trouver des financements auprès de citoyens qui adhéreraient à leur ambition pour la France, qui seraient prêts à donner quelques heures de leur temps et quelques dizaines d’euros de leur poche afin de porter haut et fort le projet de leur héraut.

Reste à savoir si tout candidat saura attirer à lui de telles faveurs grâce à une savante stratégie de communication ou si cette dernière ne pourra qu’amplifier l’adhésion honnête et spontanée au projet d’un homme ou d’une femme capable de faire se lever un peuple ou ses minorités les plus actives. Selon Joe Trippi, tout ne se commande pas grâce à une bonne stratégie électorale…

MàJ: concernant la mise en place de primaires au sein de l’UMP, je trouve l’exercice plutôt utile et en phase avec une certaine exigence de démocratie au sein même des formations politiques. On peut également s’intéresser au système de primaires récemment mis en place par la gauche italienne, qui s’apparente d’ailleurs aux primaires des partis politiques américains où l’on n’est pas tenu d’adhérer pour désigner le candidat du parti.
Reste enfin à garantir une égalité de traitement et de moyens suffisante aux différents candidats aux primaires au sein des partis.

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Autrefois Enseignant / Former Teacher, Sciences Po Paris, American University of Paris, CREA Geneva.
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