Audition du juge Burgaud : une trop rare humilité

By Anthony Hamelle on 9 février 2006 — 3 mins read

Quelle ne fut pas ma surprise, ce matin, en lisant l’éditorial du Figaro. Ce dernier, traitant comme il se devait de l’émission de télé-réalité en un épisode axée autour de l’audition du juge Burgaud devant la commission d’enquête parlementaire sur le procès d’Outreau, rapporte notamment que la « commission d’enquête n’est pas devenue chambre de repentance ou tribunal ».

Pourtant, à en juger par les deux heures d’interrogatoire que j’ai regardées hier soir, bien après que TF1 eut arrêté de diffuser ce moment de démocratie télévisée, il apparaît que certains parlementaires aient saisi cette occasion pour désigner un bouc-émissaire à la vindicte populaire. Nombreuses furent les questions, voire les réquisitions, qui reprenaient pièce par pièce les éléments du dossier d’instruction afin de demander au juge Fabrice Burgaud comment il avait pu ignorer tant de contrariétés qui auraient du, dès 2002, écarter les acquittés d’Outreau des divagations accusatrices d’adultes mal-intentionnés – et bien coupables – et d’enfants entraînés dans une cavalcade que leur raison encore en devenir ne leur permettait pas d’appréhender avec suffisamment de recul.

Certains parlementaires se sont imprudemment et fort démagogiquement départis de leur rôle d’enquêteurs pour se faire procureurs populaires – de manière parfois explicites, en rappelant qu’il posait là les questions que les électeurs se posaient. Loin de moi l’idée de vouloir ni du reste pouvoir faire du juge Burgaud une victime dans cette affaire, ses approximations et ses certitudes ayant sans nul doute contribué à ce naufrage judiciaire, il était trop facile de refaire le procès après que deux Cours d’assises furent nécessaires pour faire pleine lumière sur cette instruction et sur l’innocence de trop d’accusés.

Heureusement, certains parlementaires n’ont pas oublié de faire honneur à leur charge en s’attachant à poser, en toute humilité, des questions de nature à amener le juge Burgaud à éclaircir ces jours sombres de 2001 et de 2002 où le déni de justice se dessinait patiemment, loin des caméras, loin des yeux de la nation et de ses représentants. Ces questions, empreintes de neutralité, peu directives, tout sauf accusatrices, sont d’ailleurs celles qui ont le plus souvent conduit le juge Burgaud à livrer des éléments à même de faire progresser la réflexion de la commission vers les buts qu’elle s’est fixée.
Ces parlementaires magnanimes n’ont pas oublié qu’ils étaient aussi législateurs et qu’ils avaient été alertés à de nombreuses reprises sur les risques de dérives que recelait notre organisation judiciaire, notamment au stade de l’enquête et de l’instruction. Enquêteurs policiers, juges d’instruction, magistrats du siège et du parquet, avocats, experts, témoins : la liste est longue à dresser et les relations complexes à déchiffrer afin d’approcher de la vérité des dysfonctionnements quotidiens que l’affaire d’Outreau a sinistrement illustrés.

Reste alors à espérer que cette commission d’enquête saura tirer de cette audition non une ordonnance de renvoi d’un individu devant le tribunal, mais une accusation ferme et constructive d’un système qui a déjà trop vécu…

Les règles ne sont faites que pour être ignorées. Cette courte maxime un peu péremptoire (et en partie fausse) introduit un sujet bien plus léger. Comme je l’avais annoncé, mon nouveau blog ne devrait pas tarder à voir le jour (ce week-end sans doute), avec plus d’un mois de retard. La nouvelle adresse sera bientôt publiée ici et tiendra réellement lieu de dernier billet.

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  • Bon courage cher Anthony pour la mise en ligne de ton nouveau blog.

    J’attends de te relire avec impatience…

    Amitiés,

    Philippe

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Enseignant / Teacher, Sciences Po Paris, American University of Paris.
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