Billet d’humeur (indignée). Pour des communautés politiques collaboratives.

By Anthony Hamelle on 15 novembre 2011 — 3 mins read

Le monde « occidental » est bouleversé. La crise de 2008 dont les effets ne finissent pas de se faire sentir et de s’amplifier marque un nécessaire tournant dans l’ordonnancement de nos démocraties libérales à économie de marché, même si les résistances à prendre ce tournant sont nombreuses. Les citoyens, les peuples et les nations tolèrent moins chaque jour les inégalités criantes que l’ordonnancement actuel de l’économie, des richesses et des pouvoirs engendre.

Si les pouvoirs établis, par inertie, intérêt ou malice – peu importe au reste – restent sourds aux peuples et préfèrent tendre l’oreille aux AAA, les citoyens ne restent pas résignés ; ils sont déjà indignés. Des révoltés de la place Tahrir aux occupants de Wall Street, en passant par les Indignés de Madrid ou les manifestants d’Athènes, les peuples ont dorénavant une bannière commune, un cri de ralliement. Les peuples sont les 99%, ceux qui n’acceptent plus qu’une infime minorité foule au pied le contrat social et les principes moraux de nos nations pour préserver à tout prix leur intérêt particulier, sans égard pour l’intérêt général.

Les peuples ont le sentiment – en partie bien fondé – que les pouvoirs économiques et financiers se dressent face à eux. Quant aux responsables politiques, les citoyens se demandent quel campl, 1% ou 99%, ils ont choisi. Dans ce contexte il est de la responsabilité des partis soucieux du contrat social d’être attentif aux cris des peuples. Il est du devoir de ces partis de donner une place nouvelle aux citoyens dans le système politique.

Les grandes œuvres de ce début de siècle sont en effet le fruit de la collaboration des hommes et des femmes hors des schémas hiérarchiques traditionnels : Wikipédia, Sidi Bouzid, Place Tahrir, Indignados, Occupy Wall Street, Wikileaks, Tea Parties, … On devine, au travers de ces exemples, le souhait du peuple souverain de se faire entendre en (re)faisant société, hors des structures politiques aujourd’hui en place, sans leaders aux droits pré-établis. A l’exception des mouvements populistes des deux bords du spectre politique, les responsables des partis démocratiques de toutes nations sont jusqu’ici restés à l’écart de ce mouvement, choisissant de continuer à jouer un jeu politique qui n’est plus à la hauteur des enjeux de notre temps. L’enjeu n’est pas des moindres puisqu’il s’agit de passer d’une démocratie purement représentative et délibérative à une démocratie représentative et collaborative, une démocratie liquide pour reprendre l’expression de certains (Parti Pirate par exemple).

Le nous plutôt que le je, la collaboration plutôt que l’imposition, la volonté de changer les choses plutôt que celle d’avoir le pouvoir, l’animation de dynamiques communes plutôt que l’agitation de camps contre d’autres, voilà l’esprit qui devrait animer toute démarche politique ambitieuse. Ce sont toutes les communautés de la société qui doivent être entraînées puis associées à la refondation de notre République pour le peuple, pour les 99%.

La révolution technologique qui a accompagné voire impulsé ces dynamiques nouvelles doit être au centre de la réflexion qui s’ouvre ainsi. Comment réellement attirer l’attention des citoyens les plus engagés ? Comment sincèrement collaborer avec le plus grand nombre pour construire un nouvel avenir commun ? Cela passera par une finalité avant de passer par des outils, et cette finalité sera évidemment collective et plurielle, évidemment tournée vers les élections législatives et pas seulement vers l’élection présidentielle, car un leader seul, aussi doué et compétent soit-il, n’y suffira pas. Ce qu’il nous faut en lieu et place de leaders politiques, ce sont des bâtisseurs politiques. Pourquoi ne pas lancer 577 communautés politiques, chacune ancrée dans un territoire et tournée vers le succès au sein d’une circonscription, toutes reliées pour esquisser un dessein et une méthode pour bâtir une République nouvelle.

Aussi des plateformes collaboratives en ligne pourraient être mises en place pour qu’il y ait  577 débats + 1. Mais avant de mettre en place ces outils, il faudra qu’un parti disposant déjà d’une assise suffisante dans l’opinion (c’est là que la bât blesse pour le Parti Pirate) réponde à une question stratégique : la désignation de 577 candidats aux législatives par 577 communautés politiques dont les frontières dépasseront nécessairement les frontières du parti en question est-elle envisageable ? Le premier parti (et je ne vois sincèrement pas lequel des partis existants le fera) qui prendra cette direction sera le premier parti oeuvrant à une politique plus ouverte, collaborative et liquide.

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